Al Aqsa Mosque Jerusalem : histoire, architecture et enjeux du troisième lieu saint de l’islam

La mosquée al-Aqsa est le troisième lieu saint de l’islam, située à Jérusalem sur l’esplanade du mont du Temple.

  • Bâtie sur la plateforme artificielle d’Hérode, vers 20 av. J.-C.
  • Première mosquée en bois, environ 3 000 fidèles.
  • Bâtiment de 83 mètres de long sur 0,46 hectare.
  • Façade actuelle due au calife fatimide al-Mustansir en 1065.
  • À distinguer du Dôme du Rocher et de l’esplanade.
  • Emprise totale du complexe : 14,4 hectares.

Histoire et construction de la mosquée al-Aqsa

De la plateforme d’Hérode à la première mosquée omeyyade (20 av. J.-C. à 682)

L’histoire du site commence bien avant l’islam. Vers 20 av. J.-C., le roi Hérode le Grand lance l’agrandissement du mont du Temple et fait bâtir une immense plateforme artificielle pour soutenir l’esplanade. C’est sur cette assise que la mosquée sera élevée plusieurs siècles plus tard.

À l’époque omeyyade, un premier édifice voit le jour : une mosquée en bois de forme rectangulaire, capable d’accueillir environ 3 000 fidèles. Le moine Arculf, en pèlerinage entre 679 et 682, en laisse une description précise. Ce témoignage confirme l’existence d’un lieu de prière structuré dès le Ier siècle de l’hégire.

Chronologie des reconstructions et restaurations abbassides, fatimides, croisées, mameloukes, ottomanes et modernes

Le bâtiment traverse ensuite des siècles de destructions et de rebâtiments. Les Abbassides puis les Fatimides reprennent le site à plusieurs reprises. La façade actuelle remonte au calife fatimide al-Mustansir, en 1065. En 1099, les croisés prennent Jérusalem et transforment les lieux.

  • Fatimides prennent le contrôle du site en 970.
  • Saladin installe le minbar de Nur al-Din en 1187.
  • Al-Nasir Muhammad, sultan mamelouk, restaure l’édifice en 1328.
  • Mahmud II, sultan ottoman, mène une restauration en 1818.
  • Rénovation de 1922 confiée à l’architecte Kemalettin Bey.

Le 5 novembre 2014, la police israélienne entre dans la mosquée, un épisode qui marque l’histoire récente du lieu.

Architecture : dimensions, dôme, façade et intérieur du bâtiment

al aqsa mosque jerusalem

La mosquée al-Aqsa est un bâtiment rectangulaire aux proportions imposantes, mais souvent surestimées par les visiteurs qui la confondent avec l’ensemble de l’esplanade. Le tableau ci-dessous récapitule les repères architecturaux essentiels du monument.

Élément architectural Dimension ou date Détail technique
Surface du bâtiment 0,46 hectare (1,1 acre) Emprise de la seule mosquée
Superficie du complexe 14,4 hectares (36 acres) Mosquée et enceinte incluse
Longueur 83 mètres (272 pieds) Axe principal du bâtiment
Largeur 56 mètres (184 pieds) Axe transversal
Capacité maximale 5 000 fidèles À l’intérieur du bâtiment
Façade principale 1065 Sous le calife fatimide al-Mustansir
Vitraux 121 Abbassides et fatimides
Restauration des vitraux 1924 Environ un quart du total
Dôme actuel Après 1969 Béton et plaques de plomb
Minbar reconstruit 2007 Après l’incendie criminel

Un plan en nefs hypostyles

L’intérieur s’organise en sept nefs hypostyles, c’est-à-dire des rangées de colonnes soutenant la toiture. Cette structure donne à l’espace une profondeur visuelle considérable sur les 83 mètres de long. Les 121 vitraux abbassides et fatimides filtrent la lumière et comptent parmi les éléments décoratifs les plus précieux du bâtiment.

Une façade fatimide et un dôme rebâti

La façade principale remonte à 1065, élevée sous le calife fatimide al-Mustansir. Elle constitue aujourd’hui l’un des rares vestiges médiévaux visibles de l’extérieur. Le dôme, en revanche, a été profondément remanié : sa version actuelle associe béton et plaques de plomb, une reconstruction consécutive à l’incendie criminel de 1969 qui détruisit aussi le minbar historique, remplacé par une copie en 2007.

Importance religieuse : pourquoi al-Aqsa est le troisième lieu saint

La mosquée al-Aqsa occupe une place unique dans l’islam. Son nom même vient de la sourate 17 du Coran, qui évoque le voyage nocturne du Prophète Muhammad depuis La Mecque jusqu’à ce lieu, un épisode qui s’inscrit dans la vie du prophète Mohammed. Ce récit fondateur explique pourquoi le site est rattaché au « noble sanctuaire » (al-Haram ash-Sharif) et considéré comme le troisième lieu saint de la religion musulmane, après La Mecque et Médine.

Le pèlerinage vers al-Aqsa a laissé des traces anciennes : un moine chrétien, Arculf, en décrit la visite entre 679 et 682, preuve que le site attirait déjà des croyants bien avant les grandes reconstructions. Pour les fidèles, la mosquée est à la fois le terminus du voyage nocturne et un lieu de recueillement dont la valeur spirituelle est reconnue depuis plus de treize siècles.

Cette sainteté explique enfin l’attachement des communautés musulmanes du monde entier : protéger et fréquenter al-Aqsa relève, à leurs yeux, d’un devoir religieux autant que d’une fidélité à l’histoire. C’est ce poids symbolique qui rend aujourd’hui le site si sensible.

Situation actuelle et tensions à Jérusalem

La gestion quotidienne du site repose sur un équilibre administratif sensible. Le Jerusalem Waqf, organe rattaché au gouvernement jordanien, assure l’administration du complexe, tandis que le Grand Mufti de Jérusalem fait figure d’autorité religieuse de référence. Les règles d’accès distinguent plusieurs catégories de visiteurs. Les résidents israéliens, les touristes étrangers et les Palestiniens de Jérusalem-Est peuvent en principe entrer, mais les modalités varient selon les périodes et les décisions des autorités israéliennes, qui contrôlent les accès au site.

Administration du site et règles d’accès actuelles

Le statu quo historique confie la gestion du Haram al-Sharif au Waqf, mais la souveraineté sécuritaire reste aux mains d’Israël. Cette dualité provoque des frictions régulières, notamment autour des visites de colons juifs qui prient parfois dans l’enceinte, en contradiction avec les accords conclus entre Israël et la Jordanie. Pour le visiteur, la prudence reste de mise : les horaires d’ouverture aux non-musulmans sont limités et peuvent être suspendus sans préavis selon le contexte sécuritaire.

Fouilles israéliennes et incidents marquants depuis 1967

Depuis la guerre de 1967, les fouilles archéologiques menées par Israël autour de l’esplanade alimentent les inquiétudes. Plusieurs épisodes ont marqué l’histoire récente du site.

  • Fouilles sud et ouest (1970) : campagnes intensives menées près des murs, dénoncées par le Waqf.
  • Entrée policière (5 novembre 2014) : incursion de la police israélienne dans al-Aqsa, vécue comme une violation.
  • Tensions de Pâque et Ramadan (avril 2021) : heurts autour du 14 avril, avec entrée de la police dans la zone.

Dôme du Rocher et mosquée al-Aqsa : deux monuments distincts

Beaucoup de visiteurs, et même certains articles de presse, confondent les deux bâtiments. Pourtant, le Dôme du Rocher et la mosquée al-Aqsa sont deux édifices séparés, avec une histoire, une architecture et une fonction différentes. Ils cohabitent sur le même vaste plateau, le Haram al-Sharif (mont du Temple pour les juifs), mais ne doivent jamais être confondus.

  • Dôme plus ancien monument islamique existant, édifié à la fin du VIIe siècle
  • Base octogonale et dôme doré en bois, d’environ 65 pieds de diamètre
  • Al-Aqsa, architecture non byzantine classique, plan basilical à nefs hypostyles
  • Les deux situés sur le Haram al-Sharif, à quelques dizaines de mètres l’un de l’autre
  • Dôme construit par le calife Abd al-Malik, sanctuaire et non mosquée de prière principale

Pourquoi la confusion persiste

Le Dôme du Rocher frappe par son dôme doré visible dans le monde entier. C’est lui que l’on voit sur la plupart des photos de Jérusalem, ce qui explique qu’il soit souvent pris pour al-Aqsa. Or, le Dôme du Rocher a été construit par le calife omeyyade Abd al-Malik à la fin du VIIe siècle, ce qui en fait le plus ancien monument islamique encore debout.

La mosquée al-Aqsa, de son côté, se trouve au sud du plateau. Son architecture n’est pas byzantine classique comme celle du Dôme : elle suit un plan de basilique à colonnes, avec ses sept nefs et sa grande façade fatimide. Les deux monuments partagent le même espace sacré, mais chacun a son rôle propre : le Dôme abrite le rocher sacré, tandis qu’al-Aqsa est le lieu de la prière collective.

Retenir cette distinction est essentiel pour comprendre le site, visiter sans se tromper et lire les actualités avec justesse. Le Haram al-Sharif englobe les deux édifices, et c’est bien l’ensemble du plateau qui est désigné comme troisième lieu saint de l’islam.